Ouvrir la voix, et la découverte de ma « blanchité »

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Le film se résume à voir et entendre des femmes, noires, francophones, parler de leur expérience de femmes, noires, francophones. De leur identité, leur sexualité, leur parcours étudiant et professionnel, leur rapport au pays où elles vivent, qui est pour la plupart est aussi leur pays natal. Filmées en plan serré, mises en rythmes par des chapitres qui dynamisent le documentaire, elles ont la parole. La leur. Et elles (leurs paroles) sont brutes, factuelles, vraies.

Pourquoi on appelle pas un -e- noir-e- ; un-e- noir-e- ?

Peut-être parce que nommer, c’est reconnaître. Et les noir-e-s c’est gênant. Pas leur couleur, mais leurs histoires, le bagage culturel qu’on leur colle à la peau, alors qu’ils ou elles sont peut-être nés à Limoges. Alors si on ne nomme rien, on ignore. On invisibilise. On laisse la porte ouverte à toutes les projections possibles et imaginables dont elles sont victimes.

Elles en parlent mieux que moi :

Et ça fait tout drôle qu’on me renvoie à la face ce mot que j’ai longtemps évité. J’ai jamais vraiment su pourquoi non plus. C’est une couleur. Qui renvoie à des préjugés et porte parfois (souvent) malheureusement préjudice. Mais c’est une couleur, la leur. On leur nierait ça , aussi ? Moi je suis blanche. Comme un cul. Et après ? Si on nommait la couleur, peut-être qu’on s’en arrêterait là ? Qu’on arrêterait « de mettre du racisme là où il n’y en a pas » ? Qu’on s’attaquerait aux véritables problèmes d’inégalités ?

Mais quand racisme il y a, tous les jours, on vit comment ? Leurs forces m’épatent. Vraiment. J’aurais pété un câble depuis longtemps. Il me semble qu’on ne les laisse pas vivre pleinement leur identité.

Les femmes interviewées parlent de l’histoire quotidienne des femmes noires en Europe occidentale, et frappe d’un bon coup, brutal et utile, l’histoire quotidienne des blancs  : celle de leur rapport aux autres, les noir.e.s en l’occurrence. Le/la blanc/blanche est raconté-e- par d’autres. Je suis racontée par d’autres. Et ça remue, et c’est ça qui est brutal, mais utile. Changement de perspective et remise en question. Paf.

Ca fait 15 jours depuis l’avant première à Bruxelles, et ça trotte encore dans ma tête. En claire, on me dit que jamais on ne m’a touchée et me touchera les cheveux parce qu’ils sont si secs et si banals. On me dit que jamais on ne m’a mis des bâtons dans les roues pour mon choix d’études parce que je suis d’une blancheur souvent maladive ou que mes oreilles rougissent en entretiens. On me dit que jamais mes relations avec des hommes n’ont été de teinté de « ça doit être une expérience » parce qu’on dit que « les blanches sont spéciales au lit ». On me dit que jamais on me demandera d’où je viens. Non mais VRAIMENT d’où je viens. On me dit que jamais on me demandera de jouer la femme de ménage dans un film ou un pièce de théâtre. On me dit que jamais on me demandera de faire l’accent européen. On me dit que jamais je renverrai aux autres, avec ma peau, l’image de toutes les tares qui y sont, par racisme, assimilées. On me dit que jamais on me dira : « tu parles bien français quand même ». Ect, ect.  Je laisse de côté les violences policières, plutôt réservées à la gente masculine.

Toi, blanche, tu découvriras grâce à ce film ta blanchité, c’est à dire les privilèges que tu acquières seulement grâce à ta peau, sans t’en apercevoir.

toi, blanc, tu découvriras grâce à ce filme ta blanchité et ta masculinité, c’est à dire les privilèges que tu acquières seulement grâce à ta peau et ton pénis, sans t’en apercevoir.

Noires et noirs, je ne parlerai pas pour vous : ouvrez la voix.

 

[Une dernière pour la route, qui fait partie des extras, parce que la catégorie blanche, elle est encore plus compliquée : https://www.youtube.com/watch?v=MYZG8YuFXTc&index=7&list=PLbQnIFhNsyY1sOJ1NfpJ3xluuBsfRg3SR ]

Découvrir Amandine Gay, interviewée par:

– radio Canada : http://ici.radio-canada.ca/audio-video/media-7678034/ouvrir-la-voix-un-documentaire-afro-feministe-en-avant-premiere-a-ottawa

-Le Monde Afrique  (qui par son choix de choisir la branche « Afrique », montre qu’à mon sens, il y a encore du chemin à faire… on parle de femmes en France et en Belgique, hein) : http://www.lemonde.fr/afrique/video/2016/12/07/amandine-gay-etre-une-femme-noire-en-france-c-est-un-enjeu-specifique_5045130_3212.html

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